Le Dit et le Non-Dit
© Philippe LE CORF - MUSICAL : Revue du Théâtre Musical de Paris-Chatelet, mai 1987.


Aube d'un nouveau jour esthétique, qui voit éclore l'opéra, l'année 1600 se présente à nous, sans trop d'arbitraire, comme le seuil de l'ère moderne. Les compositeurs du début du XVIIe siècle se réclamaient eux-mêmes de cette modernité et on le constate par l'intitulé de leurs recueils ou par la dénomination des styles nuove musiche, prima et seconda prattica, sole antico et sole moderno...
L'époque marque un tournant décisif pour l'évolution de la musique. Au fil des siècles, nous avons sans doute perdu ce sentiment de bouleversement fondamental qui se noua dans les conceptions d'alors, aussi paraît-il utile de rappeler brièvement le climat qui a favorisé cette mutation dans les orientations de la musique en tant que langage.
Pour simplifier, nous pourrions dire que, du haut Moyen Age à la Renaissance, la musique semble avoir jailli du texte, sacré ou profane, lui servant de support, voire de transcendance ; elle en soulignait le message en lui imprimant une nouvelle trace. Dans cette conception, qu'a parcouru tout le monde polyphonique, la notion d'intelligibilité textuelle arrivait parfois au second plan, au point même que la musique instrumentale se constituait à partir de la transposition de cette musique vocale : en capturant le mot mais sans le faire entendre. Tout aurait très bien pu suivre son cours, limpide et calme, si les humanistes de la Renaissance n'avaient provoqué une révolution profonde des mentalités avec le regard qu'ils portaient sur l'Antiquité modèle. Dans les cercles passionnés des Camerata florentines, on spécula longuement sur le fait que le drame grec n'était pas à l'origine parlé mais chanté et cela suivant un précepte rigoureux prima la parole, .../...
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