Aube d'un nouveau jour esthétique, qui
voit éclore l'opéra, l'année 1600 se présente
à nous, sans trop d'arbitraire, comme le seuil de l'ère
moderne. Les compositeurs du début du XVIIe siècle se
réclamaient eux-mêmes de cette modernité et on
le constate par l'intitulé de leurs recueils ou par la dénomination
des styles nuove musiche, prima et seconda prattica, sole antico et
sole moderno...
L'époque marque un tournant décisif pour l'évolution
de la musique. Au fil des siècles, nous avons sans doute perdu
ce sentiment de bouleversement fondamental qui se noua dans les conceptions
d'alors, aussi paraît-il utile de rappeler brièvement
le climat qui a favorisé cette mutation dans les orientations
de la musique en tant que langage.
Pour simplifier, nous pourrions dire que, du haut Moyen Age à
la Renaissance, la musique semble avoir jailli du texte, sacré
ou profane, lui servant de support, voire de transcendance ; elle
en soulignait le message en lui imprimant une nouvelle trace. Dans
cette conception, qu'a parcouru tout le monde polyphonique, la notion
d'intelligibilité textuelle arrivait parfois au second plan,
au point même que la musique instrumentale se constituait à
partir de la transposition de cette musique vocale : en capturant
le mot mais sans le faire entendre. Tout aurait très bien pu
suivre son cours, limpide et calme, si les humanistes de la Renaissance
n'avaient provoqué une révolution profonde des mentalités
avec le regard qu'ils portaient sur l'Antiquité modèle.
Dans les cercles passionnés des Camerata florentines, on spécula
longuement sur le fait que le drame grec n'était pas à
l'origine parlé mais chanté et cela suivant un précepte
rigoureux prima la parole, .../...
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