Michel CORRETTE - Délices
de la Solitude

Que voici un titre de recueil nimbé
d’une bien mystérieuse poésie ! Peut-on y
voir une allusion ou une référence à un joli
Rondeau de Couperin (Les Délices du septième Ordre)
? D’une certaine manière, il est vrai, cette pièce
marque dans l’évolution de Couperin une libération
sensible face à l’héritage de la grande tradition
des grands maîtres clavecinistes français (D’Anglebert,
Louis Couperin…). Le septième Ordre nous apparaît
en effet, à plus d’un titre, comme le reflet des
mutations d’une époque ! Après l’austérité
des dernières années du règne de Louis XIV,
la Régence apporte, à n’en pas douter, une
vive réaction vécue comme une libération
de l’esprit et des mœurs (et comme l’Histoire
nous en raconte…). C’est en tout cas, vers cette période
de 1717, l’annonce d’un siècle nouveau qui
mènera notre François Couperin des « Concerts
Royaux » aux « Suites des Goûts Réunis
», faisant de ce chef de file une véritable figure
de proue pour tout musicien qui cherche à dépasser
la vaine querelle esthétique entre musique française
et musique italienne.
Quoi qu’il en soit, pour un jeune provincial comme Michel
Corrette, ces « Délices » pouvaient bien agir
comme une espèce de réminiscence qui ouvre tout
grand le portail symbolique de la liberté de composition
et même de la liberté tout court, en tournant le
dos aux contraintes, musicales et autres, de la Monarchie absolue
!
Voilà une bien concrète façon de situer Michel
Corrette dans son « épique » traversée
du XVIIIe siècle ! Voilà encore ce qui le pousse,
lorsque la Révolution arrive, à se faire aussitôt
l’interprète des émotions populaires ! Sa
dernière œuvre en est un témoin sans appel
puisqu’il signe en juillet 1792 une « Symphonie à
grand orchestre sur le thème du ça ira, ça
ira » (véritable Chant du Cygne d’un musicien
qui s’éteint en 1795, le 2 Pluviose An III, à
l’âge de quatre-vingt-huit ans).
Voilà encore une façon de comprendre la psychologie
fondamentale du personnage qui le pousse à une activité
débordante, en fait, vers toutes les franges de la nouveauté
! Ne peut-on y voir une nette revendication pour illustrer ce
que le Dictionnaire de l’Académie, dans son édition
de 1694, avait déjà pressenti en affirmant : «
Le Peuple aime les nouveautés », ce qui revenait
à dire, en d’autres termes, que le peuple aime les
troubles et les révolutions. On sait, de reste, qu’il
n’avait pas tort et que les délices de la solitude
peuvent parfois rassembler et souder dans de grandes effusions
collectives… ! .../...
« Sur tous les instrumens
divers,
Une seule raison me donne la victoire,
C’est que du Dieu puissant qui règle l’Univers,
Tous les jours je chante la Gloire. »
Ne serait-ce pas, finalement, cette profession
de foi qui a mené notre Corrette jusqu’aux «
Délices de le Solitude » ?
Sonate
VI en Si bémol majeur
Allegro moderato, Aria, Giga
Sonate
II en ré mineur
Allegro, Aria, Allegro staccato
Sonate
IV en Si bémol majeur
Adagio, Corrente, Aria, Bruit de chasse
Sonate III en do majeur
Allemanda, Sarabanda, Fuga da capella
Sonate
I en fa majeur
Fuga, Aria, Allegro
Sonate
V en sol majeur
Preludio, Allemanda, Sarabanda, Presto |