TANGOS PARA BACH


Après une première collaboration qui a abouti à la création de « Barok tango » en mars 2008, Le Jerez Le Cam Ensemble et l'Aria poursuivent leur recherche autour de ce projet influencé par les musiques savantes et dîtes populaires. L'Aria par sa connaissance de la musique baroque et des instruments anciens d'amour, va à la rencontre de la composition contemporaine des fugues et préludes de Gerardo Jerez Le Cam portées également par le bandonéon, le violon, le piano et le cymbalum.
Le concert prendra forme avec l'alternance des préludes et fugues de Johann Sebastien Bach et des « Sendas et Fugados » de Gerardo Jerez Le Cam, comme un jeu de miroirs métissés, multiples et colorés qui agiteront des reflets divers tout en créant une nouvelle image musicale.
Ces morceaux s'entrecroiseront pour donner forme à la création originale de Gerardo Jerez Le Cam.


Note d'intention de Maurice COSSON


L’époque que nous traversons est friande de croisements et de métissages. Quelquefois, à trop vouloir croiser, nous en arrivons à des « fusions » plus ou moins opportunistes où la rencontre des musiques équivaut plutôt à une dilution de chacune d’entre elles, et à la naissance d’une musique « prête à consommer », consensuelle et « bon teint ».
Rien de tout cela dans les projets de Gerardo Jerez le Cam et de l’ARIA.
Le pianiste et compositeur argentin témoigne d’une grande culture musicale et d’un fort intérêt pour les musiques européennes dites « savantes ». De son côté, Philippe Le Corf, musicien baroque, a inscrit dans la démarche de l’ARIA la nécessaire mise en perspective de la musique ancienne dans le temps et l’espace où elle se joue.
De longues conversations entre Gerardo et Philippe, leur intérêt commun pour le dialogue interculturel, l’écoute de l’autre, les traversées et les échanges, aboutissent à l’émergence d’une musique partagée, sur un nouveau territoire, celui du miroir et de la
correspondance. Ces projets trouvent tout naturellement leur place à l’ARC, dans le cadre du festival Les Instants du Monde, privilégiant les « autres voies ».

Notes du compositeur de Gerardo Jerez Le Cam


Je propose dans cette approche une double vision de l’oeuvre : une création musicale, " Sendas y fugados ", et une instrumentation originale du Clavier bien tempéré de J. S Bach pour cymbalum, pantaléon, bandonéon, baryton à cordes, clavecin, piano, violone et
deux violons d’amour. Après de longues années de recherche, je construis ce concept sur un langage musical contemporain conçu par le biais des transversalités et des métissages. De fortes influences y participent. D’une part, les musiques dites savantes des grandes époques : baroque, classique et contemporaine et, d’autre part, les styles populaires comme le tango, la milonga, le candombe d’Argentine, ainsi que des geamparas, sirbas et doinas roumaines. Mon intention intime étant d’effacer leurs frontières et de les fondre dans une unité. Ce qui est l’essentiel de mes compositions musicales Sendas y fugados :
Inspirée des formes prélude et fugue, cette oeuvre est le résultat d’un jeu d’alternance entre les " Sendas " (sentiers) qui représentent les lignes uniformes, couleurs et taches sonores ou tonales et les " Fugados " (fugués), sorte de verticalité musicale issue de la conduite de plusieurs voix qui résulte de la considération spatiale et temporelle du thème d’origine projeté en un jeu de miroirs.
Le clavier bien tempéré : Je me permets une totale liberté tout en respectant l’oeuvre originale de J. S. Bach.
J’essaie d’accompagner de près l’intimité de son génie par un travail sur les accents, les timbres, les syncopes, les articulations des phrases, la dynamique, les couleurs et l’expression.
Les instruments inusuels dans le style baroque comme le cymbalum et le bandonéon contribuent à la découverte des nouveaux horizons insoupçonnés de l’oeuvre de Bach.